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L'ombre de la menace - Rachel Caine


L'ombre de la menace

Auteur : Rachel Caine

Éditeur : L'Archipel (11/09/2019)


Résumé :

La vie sans histoire de Gina Royal et de ses deux enfants vole en éclats lorsque la police découvre un corps sans vie pendu dans le garage familial - qui a servi pendant des années de boucherie humaine au mari de Gina, Melvin. Ce dernier est emprisonné, Gina est acquittée. Mais l'opinion publique reste persuadée qu'elle était au courant et qu'elle participait elle- même à ces meurtres. Gina est alors victime de harcèlements, d'insultes et de menaces, si bien qu'elle et ses deux enfants sont sans cesse obligés de fuir et de changer d'identité. En arrivant à Stillhouse Lake, la vie semble enfin leur sourire pour la première fois depuis longtemps. Personne ne les reconnaît. Mais deux nouveaux meurtres ont lieu, qui rappellent étrangement le modus operandi de Melvin…

Inspecteur, j'ai épousé un monstre sans avoir l'intelligence de m'en apercevoir. C'est là tout le mal que j'ai commis.

Avis :

Je remercie les éditions de l’Archipel pour cette nouvelle très bonne lecture ! Le résumé de L’ombre de la menace m’a tout de suite interpellée pour le côté « famille de » ; en effet, s'il n’est pas rare de voir des histoires de tueurs en série, il l'est beaucoup plus du point de vue de la famille ou de l’entourage. Ainsi, j’étais vraiment curieuse de connaitre le parcours de Gina et la raison de l’apparition de nouveaux cadavres son mari étant sous les barreaux.

Le premier chapitre, qui retrace la découverte accidentelle d’un corps dans le garage du couple, est vraiment immersif ; c’est le point de départ, le « Drame », comme l’appelle Gina, l’instant où les masques tombent et l’on se rend compte que la vie que l’on pensait avoir n’est qu’un mensonge. Dès le début, nous sommes mis à mal par la mère de famille et ce qu’elle subit : la difficulté à comprendre ce qu’il lui arrive, le changement de comportement des individus vis-à-vis d’elle, la suspicion et le besoin viscéral de protéger ses enfants. Ce premier chapitre, c’est comme une grosse claque qui remet en cause nos certitudes et nous donne envie de crier à l’injustice.

A partir du second chapitre, l’action se déroule 4 ans après le « Drame » et le ton n’est plus du tout le même. On retrouve une Gwen (Gina), totalement changée, un brin paranoïaque, et en perpétuel combat. Je vous avoue avoir moins accroché avec cette Gina-là. L’évolution de personnalité est brutale (bien qu’il se soit écoulé 4 ans dont une année d’emprisonnement, c'est juste un chapitre pour le lecteur) et on la trouve excessive dans tout ce qu’elle fait. Pourtant, ce côté excessif nous semble compréhensible en analysant et comprenant son état d’esprit et ce qu’elle a traversé. Rachel Caine nous offre un personnage très détaillé psychologiquement, une femme qui s’est dépassé pour protéger ses enfants et leur construire une nouvelle vie loin du monstre qui leur sert de père. Gwen, qui était plutôt soumise à son mari, lutte contre l’influence qu’il a toujours sur elle, contre les « trolls » qui s’attaquent gratuitement à sa famille (via internet), parce qu’ils croient à sa culpabilité ou tout simplement par méchanceté pure, et surtout contre elle-même, consciente de son excessivité vis-à-vis de ses enfants, essayant de se convaincre qu’elle agit pour leur bien, même si cela ne leur apporte pas la stabilité, la vie « normale » dont ils auraient besoin.

Gwen, depuis 4 ans, fuit des personnes nos identifiées, qui la pourchassent, l’insultent et la menacent, elle et ses enfants. J’ai été admirative de la combativité dont elle fait preuve ; elle ne compte sur personne, ne pouvant accorder sa confiance après l'aveuglement dont elle a fait preuve face à son désormais ex-mari et qu'elle se reproche toujours.

Lanny (14 ans) et Connor (10 ans), ont eux aussi été durement marqué par cette épreuve ; s’ils ont tous deux des comportements différents (Lanny se pose en ado rebelle tandis que Connor fait figure de solitaire, intériorisant tout), ils n’en demeurent pas moins meurtris et incapables de comprendre totalement l’extrême prudence dont faire preuve leur mère. Leur relation est à la fois forte et difficile car Gwen est focalisée sur leur sécurité au détriment de leur bien-être ; les deux enfants ont tissé un lien puissant et veillent l’un sur l’autre, tout en prenant soin de respecter au maximum les consignes de leur mère en terme de réseaux sociaux, alarme, internet…

J’ai été ébahie par la méchanceté dont peuvent faire preuve les gens, probablement poussés par la peur pour certains. L’acharnement dont est victime cette famille qui, contrairement aux témoins, ne bénéficie d’aucune protection de la part des autorités ou du gouvernement. Une fois encore, il est démontré les ravages que peut faire internet et l’esprit dérangé de certaines personnes qui ne trouvent rien de mieux à faire que de harceler une femme et ses enfants. Certes, je m’emballe, ceci n’est qu’une fiction, mais je reste persuadée que nous ne sommes pas très loin de la réalité en ce qui concerne ce cyber-harcèlement, tout comme la réaction des gens IRL dans ce roman.

Le personnage de Melvin, le tueur en série, est également très intéressant. Si celui-ci est dans le couloir de la mort depuis 4 ans, et donc plutôt absent du récit, il n’en demeure pas moins que son ombre plane sur chacun des faits et gestes de sa famille. L’auteure a su transcrire sa folie, masquée par son visage de père et mari modèle ; Melvin est un homme qui fait froid dans le dos et dont l'esprit machiavélique n'a pas fini de nous surprendre !

La dernière partie du roman est une sorte de sprint final pour la découverte de la vérité. Tout semble se liguer contre Gwen, ses alliés se retournent contre elle et elle semble vraiment démunie. Cela est sans compter ce qui fait toute sa force : ses enfants. Nous découvrons l’ampleur de l’horreur sans pouvoir relâcher notre souffle, tout se met en place et nous glace l’échine lorsque l’on comprend ce qu’il en est réellement. Cette fin est vraiment explosive et affreuse ! Le genre de chose qui me donne envie de hurler !

Vous aurez remarqué que je me suis un peu « lâchée » et vous aurez donc compris que j’ai beaucoup beaucoup aimé ce livre. Et cette fin ! Il se trouve que je n’ai pas pu rester là-dessus et que j’ai donc fait des recherches, découvrant que « Stillhouse Lake » est une série en trois tomes ; le second volume devrait donc sortir chez L’Archipel l’année prochaine, et j’ai hâte de lire cette suite !



Je me lève au moment où mon téléphone sonne. Il vibre, plus exactement, car je le laisse généralement en mode silencieux. J’ai regardé trop de films où la victime indique sa position à son poursuivant en oubliant de débrancher son portable.

À une époque aussi obsédée par l'image, le plus dur est d'empêcher les gamins de publier leur photo sur Internet. On est épié en permanence par des gens dont l'attention ne se relâche jamais. Les yeux qui nous observent ne battent jamais des paupières.

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