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L'année de grâce - Kim Liggett

L'année de grâce

Auteur : Kim Liggett

Éditeur : Casterman (07/10/2020)

444 pages


Résumé :

« Personne ne parle de l'année de grâce. C'est interdit.

Nous aurions soi-disant le pouvoir d'attirer les hommes et de rendre les épouses folles de jalousie. Notre peau dégagerait l'essence pure de la jeune fille, de la femme en devenir. C'est pourquoi nous sommes bannies l'année de nos seize ans : notre magie doit se dissiper dans la nature afin que nous puissions réintégrer la communauté.

Pourtant, je ne me sens pas magique.

Ni puissante. »


Un an d'exil en forêt.

Un an d'épreuves.

On ne revient pas indemne de l'année de grâce.

Si on en revient.


Nous avons tous un rôle à jouer sur terre. Et j'ai bien l'intention de tenir le mien, si minuscule soit-il.

Avis :

Je n'avais pas lu de dystopie depuis un certain temps, et puis j'en ai lu une qui m'a donné envie d'en découvrir d'autres. Et j'ai reçu ce message de Babelio, me proposant de découvrir l'année de grâce: magnifique couverture, résumé plus qu'alléchant, ça a été une évidence. Je remercie Babelio et Casterman car cette évidence c'est transformée en immense coup de cœur.

Ce livre est puissant. Dans son message, dans tous les symboles qui le jalonne et dans l'invisible qui se révèle. Tout est lié, tout a une raison d'être, il suffit juste de savoir regarder. Et c'est tout l'enjeu dans cet univers, regarder, pas seulement voir. Les choses ne sont finalement pas souvent telles qu'on les perçoit, et Tierney en fait la dure expérience. C'est un personnage attachant, une jeune-fille avec des idéaux et des idées "révolutionnaires" qui semblent tellement acquises dans notre monde. Et pourtant. Forte de son éducation un peu à la marge des autres filles du comté, Tierney semble se croire au dessus des autres; elle sait tout mieux que personne et, si c'est souvent le cas, c'est un trait de caractère qui ne lui attire pas la sympathie de ses congénères. Pourtant, lorsqu'elle doit partir pour son année de grâce, seule avec toutes les filles de son âge, dans un environnement hostile, il lui faudra composer avec sa position de faiblesse; elle et ses idéaux contre des décennies d'endoctrinement et une horde de filles enragées. Car cela est bien connu : la différence effraie et la jalousie révèle le pire de l'être humain.

Au côté de Tierney et de sa rivale, Kiersten, la fille populaire, la vipère, celle qui nous donne des envies de meurtre, nous allons découvrir les dessous de l'année de grâce. Les réactions, parfois incompréhensibles, d'une personne sous la pression sociale. Les faux-semblants et, la vérité qui se profile, qui se dévoile lentement, nous laissant ébahis par ce que nous découvrons.

Kim Liggett évoque tout un tas de sujets d'actualité, transposés dans un imaginaire qui permet de les aborder sans détour : ça parle de tabou, de jalousie, de peur, de magie, comme une métaphore du pouvoir de séduction de la femme. La femme qui ensorcèle, la femme responsable de tous les maux.

Je l'ai lu avec l'angoisse de la découverte, l'envie de la connaissance et l'espoir qu'il réponde à mes attentes. Parce que je l'avoue, j'ai eu peur, à chaque direction que prenait le récit, de tomber dans la facilité, qu'une romance fade vienne corrompre les messages importants. Mais il n'en est rien, de la signification des fleurs et leur importance à l'organisation de l'ensemble du comté, tout est articulé avec doigté, dévoilant un monde où les "victimes" sont plus nombreuses qu'on ne le pense, tout comme "ceux qui savent".

L'année de grâce m'a mise K.O. et je bouillonne encore intérieurement du maelstrom de sentiments qu'il a déclenché en moi. Bons comme mauvais. Cette rage, cette révolte, ce sentiment poignant d'impuissance mais aussi cette gratitude et cet élan d'espoir. Cette manière de dire que les choses peuvent changer, pas subitement, mais petit à petit, à force de volonté et de persévérance.

Je crois que c'est la dystopie la plus réaliste et la plus profonde qu'il m'ait été donné de lire.



La vie naît de la mort.
- De quel côté es-tu, au juste ? - Le mien. (Nos yeux se croisent.) Toujours.
C'est comme cela qu'ils nous brisent. Ils nous confisquent tout, jusqu'à notre dignité, et la moindre miette obtenue en retour nous fait l'effet d'un cadeau.
Tes yeux sont grands ouverts, mais tu ne vois rien.

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