• Clem

Semblables 1 - Julie Jodts


Semblables - 1

Auteur : Julie Jodts

Éditeur : Plume Blanche (01/03/2019)

Résumé :

À toi, l'aîné, Guerrier, courageux et vaillant Fier protecteur de la cité Et de ses enfants Que les Dieux Soient miséricordieux Et t'accordent la paix Celle que tu ne trouveras sans doute jamais À toi, le cadet, À l'amour pur et sincère Seul à pouvoir enfanter Tu deviendras père ou mère Que les Dieux Soient miséricordieux Et t'accordent la fertilité Car sans elle, tu es condamné À toi, le benjamin, Dévoué et polyvalent Savant, artisan, ou médecin Ta famille sera la cité dorénavant Que les Dieux Soient miséricordieux Et t'accordent la compassion Puisses-tu exercer le métier choisi avec passion Que les Dieux protègent et guident, Tous ces enfants au destin scellé Car entre leurs mains frêles et timides Se joue l'avenir du monde entier.

Avis :

Et voici ma troisième lecture du pack Plume Blanche 2019, qui sort tout début Mars.

La couverture de Semblables est magnifique, à la fois sobre et mystérieuse ; le regard de la jeune-fille est captivant, et nous invite à la découverte. Le résumé, pour une fois, est vraiment long ! Pourtant, il y tout aussi mystérieux que la couverture, on a l’impression qu’il nous entraine vers un conte ou une légende ancestral. Je vais essayer de vous faire passer mon ressenti sans vous en dévoiler beaucoup plus que ce résumé afin de ne pas fausser votre lecture.

Sembables se lit vraiment très vite ; il est assez court et très prenant ! Le récit commence plutôt mal, tragiquement même. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser « non, mais en fait elle nous fait marcher là, ce n’est pas vraiment arrivé ».

Julie Jodts a créé un monde, dont nous découvrons l’histoire par bribes, au fur et à mesure de la lecture ; un monde régit par un principe fondamental (qui nous fait penser à l’ancien temps lorsque le second fils était destiné à devenir prêtre dans les bonnes familles) : l’aîné devient un guerrier, le cadet un « reproducteur » et les enfants suivants sont libres de leur destinée qu'ils doivent tout de même consacrer à la cité. Ce principe est inculqué dès le plus jeune âge, et les enfants sont élevés en fonction de leur ordre de naissance, afin de se consacrer pleinement à leur destinée. L’auteure a tressé toute une croyance autour de son royaume : des dieux, chacun dédié à une cause (guerre, travail, justice, famille…) et une rancune historique entre les deux tribus de l'Ambroisie qui avant ne faisaient qu’un. Depuis leur séparation, les deux peuples sont en guerre et les aînés de chaque famille viennent grossir les rangs de l’armée. Chaque habitant du royaume a un double animal (un aniphore), qui lui est confié l’année de ses 8 ans. L’aniphore est le reflet du caractère du compagnon auquel il est lié et meurt en même temps que ce dernier. Les aniphores sont très importants pour leurs humains, mais sont assez absents dans le récit car interdits dans les camps militaires. Cet alter-ego animal n'a pas été sans me rappeler les Royaumes du Nord de Philip Pullman ou Ray Sherpard de Morgane Rugraff, mais les comparaisons sont vraiment de surface.

Nous sommes plongés au cœur de la famille Stender qui a trois filles : Léna, Mia et Siviane. C’est Mia, la seconde de la famille, que nous suivons tout au long du récit. Si, dans un premier temps, dans les souvenirs d’enfance dont nous avons connaissance, j’ai trouvé Mia plutôt antipathique et « geignarde », à l’inverse de sa sœur qui semblait avoir du caractère, être une fonceuse et faire fi du regard des autres, j’ai finalement beaucoup apprécié Mia, qui est un personnage très intéressant. Cette dernière se pose beaucoup de questions sur les préceptes qui lui ont été inculqués, elle évolue vraiment tout au long du récit et, alors que jusque-là elle était toujours restée dans l’ombre de sa sœur, elle se réalise enfin. Elle prend confiance en elle et se dépasse pour protéger ceux qu’elle aime, elle est surtout incroyablement bonne, à l’écoute et soucieuse des autres (sa formation médicale y est peut-être pour beaucoup) ; on est saisi par ce qu’elle vit et on ressent tous ses doutes, sa détresse et ses craintes, par les épreuves qu’elle traverse, les changements que ça opère en elle, et on ne l’apprécie que d’avantage au fil du récit.

Bien sûr, il y a du mystère dans Semblables : notamment les visions que semble avoir Mia (les textes en italique dans le livre), ou encore le comportement étrange d’un capitaine de l’armée, ou alors les intentions cachées de leurs ennemis, les Knaheïs. Si certaines choses semblent évidentes, d’autres posent vraiment question. Je me suis laissée prendre au piège par les personnages, que ce soit Mia, ses nouveaux amis ou le fameux Capitaine Grognon dont je ne vous dirai rien sinon que vous ne pouvez pas le manquer ni lui résister. La plume de Julie est vraiment addictive, elle tient le lecteur en haleine par les éléments qu’elle distille çà et là, nous permettant de faire des hypothèses et elle nous laisse surtout dans une attente insupportable à la fin de ce premier tome puisque Mia se retrouve entourée d’inconnus, avec des fragments de réponses qui nous laissent vraiment sur notre faim et soulèvent plus de questions qu'autre chose.

Je me suis vraiment attachée aux personnages et à l’univers, allant jusqu’à en rêver (le pouvoir de l’inconscient) et j’attends avec grande impatience de connaitre la suite (il parait que le second est plus gros).

[…] à quel point c'était rassurant d'avoir un point d'ancrage, un lieu à l'abri des changements et des années qui passent. C'est si reposant d'avoir la certitude que peu importe où tu vas, aussi loin que ça puisse être, tu pourras toujours retrouver ce foyer immuable et te sentir en sécurité.

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Dans notre tribu, on ne parle jamais de devoir, mais de destin. La nuance m'a longtemps parue infime et discutable, pourtant j'en saisis toute la complexité aujourd'hui. La différence tient en un mot : fatalité. Si petit soit-il, il change tout, car si tu peux échapper à ton devoir, ton destin lui, irrévocable, reste collé à ta peau, telle une ombre.