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Le ciel de Darjeeling - Nicole Vosseler


Le ciel de Darjeeling

Auteur : Nicole Vosseler

Éditeur : L'Archipel (06/02/2019)

Résumé :

Cornouailles, 1876. Après la mort de son père, Helena, 16 ans, se retrouve dans la misère. Un jour, un inconnu lui fait une offre. Aussi riche que séduisant, Ian Neville lui propose de l'épouser et d'assurer l'éducation de son jeune frère. Mais il y met une condition : qu'elle accepte de le suivre en Inde, où il gère une vaste plantation de thé au pied de l'Himalaya.

En se donnant à son mystérieux bienfaiteur, la jeune femme a conscience de faire un saut dans l'inconnu. Mais l'espoir de ne manquer de rien, le cadre de vie somptueux de Darjeeling et le charme de son époux ont raison de ses réticences.

Jusqu'au jour où, Ian étant en voyage, Helena reçoit la visite d'un homme qu'elle avait rencontré lors d'un bal en Angleterre. Leurs retrouvailles éveillent en elle des questions sur le passé de Ian, dont celui-ci n'a jamais rien voulu lui dire. Pourquoi ignore-t-elle tout de son ascendance ? Cessera-t-il un jour d'être un étranger à ses yeux ?

Un voyage initiatique et sensuel aux confins de l'Inde millénaire.


Mais je sais que votre présence ici a une raison précise, aucune existence n'est dépourvue de sens. Quand on a compris comment toutes les choses de ce monde sont en relation les unes avec les autres, on ne pleure plus. Il n'y a pas de chagrin pour qui contemple le monde avec compréhension, c'est écrit.


Avis :

Comme souvent, c’est d’abord la couverture du ciel de Darjeeling qui m’a attirée, puis le résumé qui m’a vraiment emballée et poussée à vouloir découvrir ce roman de Nicolas Vosseler. Je remercie Mylène des éditions de l’Archipel pour ce voyage inattendu dans l’Inde du 19e siècle.

Le gros point fort, qui est aussi, à mon sens, un point faible du ciel de Darjeeling, est qu’il semble très bien documenté et est parfois un peu trop détaillé. En effet, je me suis plongée avec curiosité dans les coutumes et l’Histoire de l’Inde telles que nous les conte l’auteure. J’ai découvert avec beaucoup d’intérêt les croyances des autochtones et leur réaction alors que l’Inde envahie par le Royaume-Uni, mais il faut avouer que l’organisation du pays, les différences de caste, les stratégies militaires ou encore les subtilités de la fabrication du thé sont tout de même très complexes. Aussi, ceci apporte par moments quelques lourdeurs/longueurs au récit.

Pour autant, les descriptions de paysages, l’intrigue et les personnages n’en demeurent pas moins captivants et c’est réellement une très bonne lecture. J’ai été complétement charmée par ces personnages forts aux destins tragiques, Ian ayant pour moi (ne me demandez pas pourquoi, ma lecture date de plus de 15 ans c'est donc totalement subjectif), des airs de Rhett Butler dans Autant en emporte le vent (la moustache peut être). Nicole Vosseler (ou sa traductrice, c’est selon) a une plume très descriptive : on arrive parfaitement à visualiser les scènes qu’elle dépeint, « comme si on y était ». Je vous avoue qu’elle m’a vraiment donné envie de découvrir les splendeurs de l’Himalaya.

Ian Neville est un personnage très ambivalent : on est irrémédiablement attiré par lui et en même temps, alors qu’on ne devrait pas cautionner certains de ses actes, on arrive presque à lui pardonner tant son charisme est fort, son mystère hypnotisant et son côté homme blessé qui ne montre pas ses émotions mais est capable de beaucoup de douceur, touchant. Il est comme sorti de nul-part, homme riche et puissant sans origines connues. Vous l’aurez sans doute compris à la lecture du résumé, on redoute quelque peu un triangle amoureux entre son épouse, Helena, lui-même et Richard Carter, un riche homme d’affaire américain. Ce dernier, fait beaucoup plus effacé que Ian dans le récit et il va sans dire que dans mon cœur le choix était évident - d'où des appréhensions et des risques de frustration. Helena est une jeune-fille qui a grandi trop tôt et qui entoure son petit frère de toute l’affection dont elle est capable. On est plus d’un fois révolté par son destin et ce qu’elle doit traverser, au même titre qu’elle fait son possible pour aller à l’encontre de ce qu’on l’oblige à subir. Elle évolue au fil du voyage vers l’Inde qui va devenir son pays de cœur. Malgré les obligations auxquelles elle est soumise, notamment pour le bien de son frère, elle arrive à reste maitre de sa vie et de ses décisions. Helena est résolument une jeune-femme moderne pour l’époque, qui monte comme un homme et pense par elle-même. L’évolution du lien qui se tisse entre Ian et elle met le lecteur à dure épreuve alors qu’à chaque progrès ce sont deux pas en arrière ; Helena souffre d’un cruel manque de confiance en elle, son caractère affirmé nous ferait presque oublier son jeune âge et les remises en question permanentes qu’elle éprouve, notamment quant à son apparence et l’image qu’elle renvoie aux autres. Ceci notamment car elle est affectée par l’attention que lui porte (ou ne lui porte pas) son mari. Mohan Tajid serviteur Indien de Ian est un homme posé, une sorte de pilier pour tous, c’est principalement lui qui nous fait découvrir son pays et il est la voix de la raison à bien des moments.

Le récit s’interrompt à un moment crucial, alors que Richard Carter ressurgit dans la vie d’Helena. Nous rentrons dans une seconde partie qui nous fait découvrir les origines d’Ian par l’intermédiaire de ses parents. Ce passage nous aide à comprendre cet homme qui a déjà su nous charmer malgré ses travers. J’ai tout autant apprécié cet intermède sur la vie de Winston Neville et sa famille, dont le destin tragique, que nous devinions, n’en est pas moins révoltant et poignant. Nous découvrons également le lien si particulier qui uni Ian et Mohan.

Finalement, le lien entre le passé et le présent va se faire, d’une manière que je n’avais pas envisagée, certaines réactions de Ian s’en trouveront expliquées et sa rencontre imprévue avec Elena dans son plan tout tracé sera peut être finalement son salut.

Au final, Le ciel de Darjeeling est un roman dépaysant, addictif, avec des personnages percutants et, malgré quelques longueur, il nous embarque sur les bords de l’Himalaya mettant parfois notre cœur à rude épreuve ; entre acceptation du passé, vengeance et peur d’aimer.


Helena savait que le destin empruntait des voies qui lui étaient propres mais elle savait aussi que, parfois, il fallait le prendre soi-même en main, avec courage, sans se laisser rebuter.

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