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Sous les sabots des dieux - Céline Chevet

Sous les sabots des dieux

Auteur : Céline Chevet

Éditeur : EDITIONS DU CHAT NOIR (01/10/2020)

366 pages


Résumé :

Corée, VIIème siècle. Complots au royaume de Silla. La Chine des Tang est plus écrasante que jamais. Comment unifier les Trois Royaumes lorsque qu’il faut se méfier de ses frères autant que de ses ennemis ? Amour, politique, trahison, vengeance, foi, Haneul va devoir apprendre à se servir des armes qui sont les siennes pour survivre dans cette époque chaotique de l’Histoire, où ses croyances sont mises à mal. Prêtresse du temple Céleste, élevée au sein du palais royal, elle voit ses dieux se faire avaler par un Bouddhisme de plus en plus influent. Ne cache-t-il pas dans son ombre les sombres desseins des Tang qui veulent s’emparer du pays ? Alors que Silla est plus fragile que jamais, où ira sa loyauté ? À la famille royale ou à la nation ? Haneul, sa sœur l’empoisonneuse, son amant l’écuyer, Mok le prince bâtard, autant de destins qui vont se croiser autour de cette question tragique…


Connais ton ennemi, ses gestes, ses paroles, ses souffles et tu sauras anticiper le moindre battement de ses cils. Tu ne peux pas te battre sans connaissances.

Avis :

J'avais beaucoup aimé La fille qui tressait les nuages de Céline Chevet et, le résumé et le contexte de ce nouveau roman m'a énormément séduite; ainsi, c'est naturellement le livre que j'ai choisi pour valider la carte PLIB pour le #Fantasycardschallenge. En effet, Sous les sabots des dieux fait parti des 25 sélectionnés pour le PLIB 2021 (qui compte Nadge parmi les jurés). C'est en lecture commune avec Nadge que j'ai découvert le dernier sorti de l'auteure; premier tome d'une duologie.

Cet avis va être particulièrement difficile à rédiger car si j'ai plutôt apprécié ma lecture, je ne sais ni par quel bout commencer, ni comment retranscrire correctement mes impressions. J'ai été à la fois séduite et agacée par Haneul, cette jeune prêtresse, première figure du récit. Séduite et agacée par les mêmes choses parfois. Sa confiance aveugle en les dieux et en la famille royale est touchante, c'est de toute manière sa seule façon de voir les choses, étant donné qu'elle a été élevée dans le but de les servir et qu'elle leur est tout dévouée. Pourtant, cela la déconnecte également de la réalité, lui faisant prendre des décisions inconsidérées, sans avoir conscience des possibles répercussions. Haneul est une jeune-fille qui a eu une enfance protégée de la réalité de la vie et qui se retrouve propulsée, du jour au lendemain dans la dure cour de la vie. Le choc est brutal, progressif et provoque une sorte de déni. J'ai aimé la voir évoluer, retirer toutes ses couches de crédulité (il en restait toujours une) et réagir à la hauteur de ses moyens. A aucun moment elle ne fait figure d'héroïne, mais elle est prête à tenter de survivre.

Le titre du roman "Sous les sabots des dieux" annonce clairement la couleur : les hommes jouets des dieux. Mais aussi les hommes jouets des hommes. Complots politiques, trahisons, conquêtes militaires, alliances… Nous sommes propulsés en pleine guerre de territoires, dans laquelle nous ne savons pas très bien qui sont les alliés; entre stratèges militaires, espions et rébellion, le paysage politique de Silla, petit royaume proche de la Chine est en constante mouvance. Alors que certains cherchent à maintenir leur pouvoir, d'autres cherchent à les détrôner; exécutions, empoisonnements, tous les coups sont permis ! Personne n'est à l'abri et nous sommes plus d'une fois surpris par la tournure des choses.

La plume de Céline nous porte à la découverte d'un entre deux mondes un peu mystique, une porte vers le royaume des dieux. Ces dieux si imprévisibles qui peuvent nous abandonner à tout moment. Ces dieux dont il faut interpréter la parole. Les personnages que nous suivons tour à tour sont très intéressants; on découvre la loyauté sans faille des Hwarang, ces enfants soldats qui n'ont pas peur de la mort, les questionnements de ceux qui ont connu autre chose, le destin tragique d'un bâtard du roi ou encore la lâcheté d'un palefrenier. Chacun d'entre eux nous parle, chacun d'entre eux est humain.

Ce roman est à la fois extrêmement frustrant, révoltant et juste. Qu'importe si tu agis avec les meilleures intentions, avec la plus grande des fois ou loyauté; on a toujours besoin d'un coupable, de quelqu'un sur qui rejeter la faute. L'auteure décortique parfaitement les jeux de pouvoir et les stratégies mises en place pour assoir la famille royale dans sa position. Cela dans le plus grand réalisme : pas de prince sur son cheval ou de sauvetage de dernière minute. Toute erreur peut couter la vie. En ce sens, le récit est sanglant, sans filtre.

Ce premier tome fini sur un retournement de situation, et je suis très curieuse de découvrir ce que la suite nous réserve (franchement, je m'attends au pire).


Pourquoi n'avait-elle toujours le droit qu'à une seule chance quand les hommes usaient et abusaient du droit à l'échec ?

Le monde est cruel. Soit tu es suffisamment fort pour combattre, soit tu es suffisamment intelligent pour reconnaître les plus forts et les fuir.

Lorsqu'on se cache et qu'on ferme les yeux sur le monde, on ne prend pas le risque d'y croiser autre chose que ce qui peuple notre imagination. Tout est très beau. Tu peux retourner dans ta cage et ne plus en sortir. La liberté a un prix.