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Le destin de Cassandra - Anna Jacobs


Le destin de Cassandra

Auteur : Anna Jacobs

Éditeur : Archipoche (02/01/2019)

Résumé :

1861. Le Lancashire subit la crise. Privées de coton, les filatures ferment une a une en Angleterre, plongeant la population dans la misère. Cassandra Blake, ses trois sœurs cadettes et leur père Edwin tentent malgré tout de faire face à l'adversité. Mais la mort du patriarche vient tout bouleverser. Leur oncle Joseph décide de prendre ses nièces sous son aile, malgré l'opposition de son acariâtre épouse, qui commandite en secret l'enlèvement de Cassandra. Elle menace alors ses sœurs de faire subir à la jeune femme les pires sévices si elles ne quittent pas le pays… Contraintes de dire adieu à leur Lancashire natal, elles embarquent pour l'Australie. Les quatre œsœurs parviendront- elles à se retrouver à l'autre bout du monde, et à construire une vie nouvelle ? Une saga au souffle puissant, qui nous entraîne dans une Australie encore sauvage, ou tous les rêves sont permis.

Avis :

La couverture et le résumé du destin de Cassandra m’ont tout de suite beaucoup plu et je remercie les éditions de l’Archipel pour cette belle découverte, une lecture qui m’a charmée. Seul petit bémol, mais qui n’a rien à voir avec l’histoire, le résumé en dévoile beaucoup trop, ce qui peut créer des attentes qui seront forcément déçues puisque le séjour Australien des quatre sœurs débute à peine en fin de roman alors que le résumé semble nous annoncer plus, un peu comme si il présentait la saga dans son ensemble. Je vous conseille donc plutôt de le lire à l'aveugle.

Le destin de Cassandra ce sont des personnages attachants, à une époque troublée, où les moyens de communication ne sont pas ceux d’aujourd’hui, ce qui serait presque frustrant tant les nouvelles ont besoin de circuler ! Si certains personnages peuvent paraitre caricaturaux ou poussés à l’extrême (je pense au curé anglican ou encore à la tante), ils n’en donnent pas moins une dimension tragique au récit, accentuant cette notion de destin, de fatalité et surtout l’injustice et l’impuissance qui en ressortent. Nous avons par moment l’impression de nous retrouver dans une tragédie grecque, qu’affectionne tant le père de Cassandra, Xanthe, Maia et Pandora.

Je me suis glissée avec plaisir dans le quotidien des quatre sœurs, dont le lien est très fort, et qui font front dans les épreuves. Entre médisance, famine et difficultés à payer le loyer, les sœurs Blake restent dignes, humbles et savent faire profil bas malgré leur envie de protester. Pourtant, quelle famille atypique, à vingt ans passés, elles vivent encore chez leur père et sont célibataires ; ce dernier leur a appris à lire, et à réfléchir par elles-mêmes, elles ont toutes les quatre l’esprit affuté bien que des caractères diamétralement opposés, ce qui les rend complémentaires. Le destin de Cassandra est très prenant, on est rapidement immergé dans l’histoire des Blake et l’on suit avec impatience leurs rencontres et leur combat pour rester ensemble malgré tout.

On se prend vraiment d’affection pour les personnages, y compris certains que l’on ne fait que croiser ou, au contraire, on a envie d’en gifler d’autres. Si certains sont très ouverts d’esprit et à l’affut du moindre enseignement qu’ils peuvent tirer de ceux qu’ils côtoient, d’autres sont pleins de préjugés au-delà desquels ils ont du mal à passer. Il ne faut pas oublier que nous sommes au XIXe siècle et que les mœurs de l’époque n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui ; les femmes instruites et indépendantes n’étaient pas monnaie courante et des comportements qui nous semblent couler de source ne l’étaient pas à l’époque. C’est aussi ce dépaysement-là qui est appréciable. Les gens savent accueillir chaque épreuve avec courage, sans se plaindre, et se nourrir de chaque point positif. Ce sont des combattants, qui font ce qu'il faut pour réussir et se construire un avenir. Les différences de classes et les injustices inhérentes nous révoltent d’autant plus qu'en tant que lecteur « moderne » on reconnait la valeur de la personne et non pas son rang.

Anna Jacobs a su nous brosser plusieurs portraits croisés, de personnes évoluant autours des sœurs Blake, donc les routes se croisent et se recroisent. Nous suivons plusieurs de ses routes en parallèle en appréciant de découvrir les différents point de vue des personnages.

Un roman qui m’a transportée, d’un continent à l’autre, d’un destin à l’autre et surtout qui m’a fait rêver. Même si on a un peu l’impression que malgré les déboires des personnages tout ira forcément bien et que dans la réalité c’est assez rarement le cas, je pense que le lecteur, comme les personnages, a besoin d'une lueur d'espoir. Ainsi, s’il n’y a pas vraiment de surprises à la lecture, l’épopée des sœurs Blake n’en demeure pas moins fascinante et agréable.

Les hommes sont capables d'inventer le chemin de fer et je ne sais quoi d'autre, mais ils n'ont toujours pas trouvé le moyen de vaincre la méchanceté.