Elles se marièrent - Pascaline Nolot
- Clem

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Elles se marièrent
Auteur : Pascaline Nolot
Editeur : Editions Plume Blanche / Plume d'Argent (03/02/2026)
232 pages
Résumé :
Jadis, quelque part :

Brune reprend conscience dans les ténèbres, au bord d’un fossé. Elle ne sait pas pourquoi elle se trouve là, et ignore ce qui lui est arrivé. Dans sa tête résonnent d’atroces cris lui indiquant qu’un événement horrible s’est produit. Y a-t-elle assisté ou, pire, y a-t-elle participé ? Malgré son appréhension, elle tente de rassembler ses souvenirs pour tout clarifier…
De nos jours, ailleurs :
Anya vit avec ses parents et son frère. Cette lycéenne mène une existence tranquille et épanouie parmi les siens… jusqu’au moment où son père lui annonce qu’elle va devoir épouser un parfait inconnu. Comment sa famille peut-elle ainsi la sacrifier ? L’adolescente, désespérée, cherche à échapper à cet avenir dont elle ne veut pas…
À travers les époques, leurs deux destinées vont se répondre, se confondre…
Pour le meilleur et pour le pire.
"Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants" Tout était faux, évidemment, hormis les trois premiers mots. Trois mots de trop. Trois mots pour son fardeau.
Avis :
C'est avec cette lecture, publication de février, que je commence le pack Plume Blanche 2026. J'avais déjà lu Pascaline Nolot avec Gris comme le cœur des indifférents ou Le sommeil des innocents. Les deux romans avaient été de très bonnes expériences de lecture et je me réjouissais donc de retrouver l'autrice chez Plume Blanche bien que, je ne vous le cacherais pas, le sujet m'effrayait un peu.
Les retrouvailles avec l'écriture de Pascaline ne m'ont pas du tout déçue ! Dieu que c'est bien tourné mais surtout que c'est fort. Elles se marièrent n'est pas très épais mais il est percutant !
Nous sommes sur deux pans d'histoire : jadis, quelque part avec Brune et des phrases aussi chantantes que choquantes. On a l'impression d'être dans une sorte de "rêve" (je mets des guillemets car il tient plutôt du cauchemar) ou d'évoluer dans un brouillard; les rimes s'enchainent, les mots bruissent jusqu'à devenir fracassants / et de nos jours, ailleurs avec Anya. Anya qui vit dans un pays probablement imaginaire ou qui, en tout cas, n'est pas cité. Mais un pays qui pourrait être le notre ou proche du notre. Elle va au collège, elle cherche quelles études elle pourrait faire et elle adore la chimie. Elle vit dans un village reculé, au cœur des montagnes où tout le monde se connait.
L'autrice alterne entre Brune et Anya. Entre l'horreur qu'elle ne dit pas mais qu'elle laisse deviner par les cris ou la description physique de Brune. Et le choc de celle à laquelle on pourrait s'identifier tant nos vies sont similaires à la sienne. L'emprise. L'impuissance. Les chapitres du point de vue d'Anya m'ont particulièrement marquée, je les ai trouvé vibrants; Pascaline décrit tellement bien les émotions de la jeune fille qu'on les ressent au fond de nos tripes. A travers le récit d'Anya, l'autrice donne également des chiffres "Chaque année, douze millions de mineures mariées de force… Cela équivalait à vingt-trois filles par minute" qui font froid dans le dos.
On vit la descente aux enfers d'Anya et on assite à ses désillusions. Et puis, le miracle qu'elle espérait. Quand Anya et Brune se rejoignent. A partir de là, les évènements s'enchaînent sans que les personnages n'aient plus le moindre contrôle; on pourrait presque dire que les rôles s'inversent. A partir de là, j'ai compris l'annonce que j'ai pu lire par la suite : "réécriture horrifique et passionnante de Peau d’Âne". A partir de là, on bascule encore plus dans l'horreur (une horreur différente, plus paranormale) mais le récit n'en demeure pas moins passionnant.
Elles se marièrent et, vous le devinez, ne vécurent pas heureuses, ni n'eurent beaucoup d'enfants. Ce roman, trop proche de notre réalité (parce qu'il est, quelque part, notre réalité), est dérangeant. Il faut avoir le cœur bien accroché car, une fois la première page tournée, on ne pourra plus le lâcher, malgré les atrocités qu'il évoque. Le pire étant, peut-être, quand on y réfléchit bien, la complaisance des femmes, presque plus cruelles que les hommes qu'elles mettent sur des piédestaux.
Je ne peux qu'applaudir l'écriture engagée de Pascaline Nolot; qui percute les consciences. Je n'étais pas prête.




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