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Le photographe des disparus - Caroline Scott

Le photographe des disparus

Auteur : Caroline Scott

Editeur : L'ARCHIPEL (22/02/2024)

424 pages

Résumé :

Lancashire, 1921. Francis, le mari d'Emily, n'est jamais revenu de la Grande Guerre. Comme tant de soldats, il est porté disparu, présumé mort. Malgré ses recherches, la jeune femme ignore ce qui lui est arrivé. Aussi l'espoir renaît-il lorsqu'elle reçoit la photo d'un homme qui lui ressemble à s'y méprendre.

Harry, le frère de Francis, arpente depuis la fin du conflit les champs de bataille du Nord de la France et de la Flandre. Il photographie les tombes de ceux qui sont tombés au combat, aidant ainsi leurs proches à faire leur deuil. Mais lui n'a toujours pas réussi à trouver la sépulture de son frère.

Leur quête commune rapproche Emily et Harry, qui s'étaient éloignés au fil des années. Et tous deux se retrouvent animés de sentiments complexes, envers Francis, l'un envers l'autre...


Harry s'imagine un vol d'oiseaux dans ce lieu où régnaient les hurlements, la destruction et le tonnerre des armes. - Ça alors... - Eh oui, c'est comme ça. La nature se débrouille pour reprendre ses droits. La roue continue de tourner.

Avis :

A sa lecture, le synopsis du Photographe des disparus m'avait donné envie de découvrir l'histoire de Francis, Harry et Emily. Il s'agit d'un roman choral qui nous balade entre Harry et Emily, tous deux à la recherche de leur mari et frère, Francis. L'intrigue alterne entre passé et présent, entre réminiscences d'une rencontre, d'un souvenir d'enfance ou encore des années de guerre, et la quête de réponses, en 1921.

Il m'aura manqué un tout petit peu de contexte : qu'est-ce que qui a motivé l'autrice à écrire cette histoire ? Dans quelles conditions l'a-t-elle fait ? A quel point ses recherches sont-elles poussées ? Savoir que Caroline Scott a suivi des études d'histoire et qu'elle est passionnée par la Première Guerre mondiale aide à se faire une idée de la valeur historique du roman. Toutefois, j'avoue que j'aime assez avoir un petit mot de l'auteur expliquant ses choix.

La première chose qui m'a marqué, lors de ma lecture, c'est à quel point l'autrice, qui est pourtant une femme non contemporaine de la période explorée, arrive à décrire tous les sentiments qui agitent les hommes sur le front, les conditions dans lesquelles ils vivent, leurs peurs, leurs espoirs... A-t-elle lu, pour arriver à ce résultat, des courriers ou des journaux de soldats ? Elle décrit également avec talent les paysages dévastés par la guerre, l'effort de reconstruction, le regard d'Harry qui se pose, des années après, sur des lieux qu'il a fréquenté durant la guerre. Elle fait ressorti plus d'une fois, en l'écrivant clairement, ou par le biais de changements dans le comportement des ses personnages, les ravages mentaux que la guerre cause. Ces hommes qui reviennent mais ne sont plus les mêmes, se font interner parfois, ou mettent fin à leurs jours. Ces autres qui ont disparu et qu'on cherche encore, avec espoir, avec ferveur.

Caroline Scott nous transporte dans le passé, nous permet de voir, peut être mieux qu'à travers les livres d'histoire, ce qu'on traversé nos grand-parents, nos arrière-grands-parents. Ce qu'ils n'ont pas transmis à leurs enfants car, c'est flagrant dans le roman, une fois rentré, on ne parle pas de l'horreur qu'on a vécu, on cherche à la laisser derrière nous. Les personnages sont pleins de pudeur, respectent les convenances d'une époque, peu importe leur propre intérêt.

Le photographe des disparus est un livre volontairement lent, ce qui lui permet d'explorer toute la profondeur du deuil, mais aussi la culpabilité de celui qui reste ou le désespoir de ne pas savoir. Cela se ressent sur la lecture qui est parfois pesante.

En fil rouge il y a la recherche d'un disparu, avec cette certitude qu'il est mort d'un côté, et cet espoir, transmis au lecteur, qu'il n'en est rien. L'autrice aiguillonne son lecteur dans ce sens, tous ses sens se tendent vers la découverte de Francis qui va forcément arriver n'est-ce pas ? Il y a aussi ces hommes, ces britanniques (mais aussi des français) qui, une fois la guerre terminée ne sont pas rentrés chez eux. Comme Harry ou d'autres soldats qu'il est amené à rencontrer dans son périple, ils sont restés en France pour honorer ceux qui sont morts, pour soulager les familles endeuillées : ils prennent des photos des lieux des combats, des tombes, ils offrent des sépultures décentes à ceux qui ont été enterrés sur le champ de bataille, ils érigent des monuments aux morts.

Les hommes et les femmes que l'on croise ici sont tous extrêmement touchants. J'ai énormément apprécié Harry. Si mon sentiment de lecture reste mitigé - j'ai eu beaucoup de mal avec la lenteur et pourtant j'ai apprécié les personnages et ce qui se dégage du roman - Le photographe des disparus est un livre magnifique qui nous apporte une vision poignante de cette Première Guerre mondiale.


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