• Clem

Les eaux noires - Estelle Tharreau

Les eaux noires

Auteur : Estelle Tharreau

Editions : TAURNADA ÉDITIONS (07/10/2021)

256 pages


Résumé :

Lorsque les eaux noires recrachent le corps de la fille de Joséfa, personne ne peut imaginer la descente aux enfers qui attend les habitants de la Baie des Naufragés. L'assassin restant introuvable, à l'abri des petits secrets et des grands vices, une mécanique de malheur va alors tout balayer sur son passage… Les révélations d'un corbeau, la détresse d'une mère et le cynisme d'un flic alimenteront l'engrenage de la rumeur, de la suspicion et de la haine. Joséfa réussira-t-elle à survivre à la vérité ?


Avis :

Cela faisait quelques mois que Les eaux noires était dans ma bibliothèque et je n'avais pas encore trouvé le moment de le glisser dans mes lectures. Et puis, j'ai eu une brusque envie de changer de style, de lire quelque chose d'un peu noir. C'est ce que promettait le titre non ?

Dès les premières pages, j'ai été subjuguée par la plume d'Estelle Tharreau, sa manière de décrire les choses, avec poésie, force de figures de style et cette part un peu sombre; sa capacité à faire naître les images dans ma tête avec précision et surtout sa vision de l'homme. Les eaux noires est extrêmement bien écrit, extrêmement bien construit. Au delà de la mort d'une adolescente et de la recherche de son assassin (si vous vous attendez à une enquête de police, passez votre chemin, elle est inexistante ou presque), l'auteure décortique la nature humaine à travers les habitants de la Baie des Naufragés.

A la troisième personne du singulier, elle détaille, de manière simple et précise, les agissements des différents protagonistes. Elle nous dévoile, à la manière d'un enquêteur passant en retour le profil des suspects, les relations qu'ils entretiennent les uns avec les autres. Celles qu'ils ont eues. Et ce qu'elles sont devenues. Au centre, il y a Joséfa. Joséfa et sa descente aux enfers lorsqu'elle apprend la mort de sa fille, Suzy, autour de laquelle sa vie tournait. Lorsqu'elle apprend qu'elle ne connaissait peut être pas si bien son enfant. Estelle Tharreau retranscrit avec doigté les réactions des autres vis à vis d'elle; la manière dont elle passe de la femme qu'on plaint à celle qui agace. Le fait que tous sont attirés par le malheur tant que ce n'est pas le leur et qu'ils retournent avec une grande facilité vers leur petite vie tranquille, oubliant Suzy aussi vite qu'ils se sont intéressés à elle, ou qu'ils lui ont inventé une vie dissolue.

C'est un roman qui parle de la noirceur des hommes. De la manière dont ils détournent le regard lorsque ça les dérangent. De la manière dont ils répandent les ragots et jugent de manière unilatérale. C'est un roman qui met à mal la confiance que l'on porte aux autres, qui côtoie la folie des non-dits, qui suggère qu'on ne sait jamais ce qu'il se passe derrière la porte close d'une maison endormie. Et surtout, c'est un roman qui illustre de la pire des manières la puissance des mots, des médisances, de l'effet de masse.

Tout est terriblement bien pensé, tout est terriblement révoltant. Mais une fois que l'engrenage est en marche, rien de peut l'arrêter, et chaque petite action va en entraîner une nouvelle. Du désespoir d'une mère en deuil au sang froid d'un meurtrier, il suffira qu'un enquêteur un peu particulier, qui ne mâche pas ses mots et fait des traits d'esprit, entre en scène pour que cesse l'apocalypse.

C'est en tapant ces mots que je me rends compte à quel point j'ai aimé ce roman et sa structure parfaite, jusqu'à sa conclusion.

11 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout