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Les fossoyeurs - Victor Castanet

Les fossoyeurs

Fayard

Parution : Janvier 2022

Note : 4,5 / 5

350 pages


Résumé éditeur :

Trois ans d’investigations, 250 témoins, le courage d’une poignée de lanceurs d’alerte, des dizaines de documents explosifs, plusieurs personnalités impliquées…

Voici une plongée inquiétante dans les secrets du groupe Orpéa, leader mondial des Ehpad et des cliniques. Truffé de révélations spectaculaires, ce récit haletant et émouvant met au jour de multiples dérives et révèle un vaste réseau d’influence, bien loin du dévouement des équipes d’aidants et de soignants, majoritairement attachées au soutien des plus fragiles.

Personnes âgées maltraitées, salariés malmenés, acrobaties comptables, argent public dilapidé… Nous sommes tous concernés.


Avis lecteur :

Je connais un peu le secteur de la prise en charge des ainés dans les EHPAD (établissement d'hébergement pour personnes âgées). Ce n'est donc pas en "novice" du fonctionnement des structures que j'ai lu ce roman.

Je m'attendais à un livre/enquête à charge, avec quelques recherches, mais rien d'approfondi, comme on en a eu un certain nombre depuis de nombreuses années. J'étais donc curieuse de découvrir ce livre qui a fait "trembler" le numéro un mondial des EHPAD et des cliniques.

Et j'admets que je suis agréablement surprise, non pas par le fond (personne en devrait se faire de l'argent sur nos ainés), mais sur la qualité de l'enquête. Elle est certes à charge contre le groupe, mais elle est particulièrement bien documentée. L'auteur évoque 3 ans de recherches (dont une partie en pleine crise sanitaire / dans un secteur qui a été particulièrement impacté, cela est suffisamment remarquable à mon sens pour le mentionner), d'entretiens (dont certaines personnes haut placées dans le système, qui parlent de façon libre et non sous couvert d'anonymat) et de documents glanés ça et là (dont certains confidentiels).


Les dérives à l'extrême de la maitrise financière dans ce secteur, de ce système qui fait passer le profit pour les actionnaires avant les gens (résidents et familles d'une part, salariés d'autre part) et qui déshumanise la partie soignante.

Je ne suis pas totalement surprise par certains éléments, je dois l'admettre, d'autres me font vraiment froid dans le dos. Je ne rentrerai pas dans le détail, certains éléments étant difficiles à expliquer hors contexte, mais il évoque notamment des aspects liés à la prise en charge directe (produits absorbants et lien avec les fournisseurs...), les méthodes de management, les négociations avec les politiques ou les liens avec les institutions.

J'ai été captivée par l'écriture, bien amenée et la plume assez simple et accessible. Les chapitres suivent un fil rouge, et on monte crescendo dans la découverte du système, en partant de la situation d'un des établissements les plus luxueux du groupe pour aller jusqu'à des révélations chocs sur le trio de la tête dirigeante.

Le fonctionnement des EHPAD n'est pas le simple à présenter, mais l'auteur prend le temps de l'expliquer, notamment les différentes sources de financements, dont une grande partie provient d'argent public.

J'ai apprécié le fait qu'il ne généralise pas non plus les pratiques dont il se fait l'écho, en protégeant aussi les équipes (j'insiste, elles aussi sont victimes de ce système).

A noter que l'auteur a sollicité plusieurs fois le groupe, pour avoir des réponses, sans retour (sauf du mépris et des menaces venant de la chargée de comm).


Merci Mr Castanet pour ce travail riche de journalisme, pour permettre au débat d'éclore - enfin (pas seulement sur ce groupe, mais de façon plus large), et ce malgré les pressions reçues. J'espère qu'au delà de l'indignation provoquée à sa sortie, ce livre permettra de se (re)poser les questions liées à la prise en charge des personnes les plus vulnérables.

Et merci aux équipes qui se mobilisent chaque jour auprès de nos ainés.


Je suis particulièrement sensible au sort réservé aux personnes âgées. [...] Parce que leurs voix ne portent plus. Parce que les plissures de leurs visages m'émeuvent. Et parce que, lorsque je traite de ces sujets, j'ai l'impression de discuter avec mon grand-père Antoine, qui s'approche de sa fin de vie.
Je pensais, somme toute, faire le constat amer mais classique des insuffisances du secteur. Je me suis finalement retrouvé à décortiquer strate après strate un système financier extrêmement sophistiqué, pensé au plus haut niveau, d'un empire devenu international, où tout paraît permis pour faire le plus grand profit!
Des dizaines de milliers d'hommes et de femmes ont été transformés en simple produits de consommation, les personnes âgées réduites à des chiffres, les politiques de santé à des équations budgétaires.
En revanche, elle se rappelle qu'il lui était interdit de descendre ses protégés au rez-de-chaussée ou au premier étage. Que ce soit à Notre-Dame ou aux Bords de Seine, le "bossu" reste dans les étages : "Un vieux avec la tête qui pendouille ou les yeux grands ouverts, ça ne va pas avec le cadre chez ORPEA, m'explique SB. On préfère les cacher. ça ne fait pas très chic. ça ne va pas avec la moquette.

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