• Collectif

Mathias Malzieu

Hello les Readers,

Nous voici de retour avec notre rubrique Interview : un auteur français que l'on a lu, aimé et que l'on souhaite faire découvrir.

Ce coup-ci, l'interview sera un peu différente. Déjà parce qu'Auré a rencontré en personne l'auteur du moment. Mais aussi parce qu'il n'est pas qu'auteur, ni à présenter.



En tant que fan de l'homme, de ses œuvres, de ses films et de ses chansons, Auré a eu la grande chance de rencontrer Mathias Malzieu en personne, le temps d'une heure hors du temps. Le rêve s'est prolongé par un concert en plein air.

Elle a rencontré un artiste incroyable et adorable, et nous vous livrons les réponses qu'il a apporté à ses questions.


Qui est Mathias ?

Mathias Malzieu est un chanteur, musicien et écrivain français.

Un temps tenté par la carrière de tennisman, une blessure le force à renoncer à son rêve. Pendant sa convalescence, il se met à écrire des chansons en jouant de sa guitare.

En 1993, il fonde avec ses amis de lycée le groupe Dionysos, qui devient l'un des groupes de rock les plus populaires de France.

En parallèle, Mathias Malzieu mène une carrière d'écrivain.

Mathias est atteint d'une aplasie médullaire et est contraint de subir une greffe de moelle osseuse en 2013. Lors de son hospitalisation, il rédige un journal intime intitulé "Journal d'un vampire en pyjama", qui est édité en 2016, ainsi qu'un nouvel album éponyme.

Son roman "Une sirène à Paris" (2019) obtient le Prix Babelio Imaginaire 2019.


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Questions / Réponses

Vous êtes à la fois écrivain, compositeur, chanteur et réalisateur vous êtes un peu partout à la fois. Vous faites tout avec talent. Si vous ne deviez choisir qu’une seule casquette laquelle garderiez-vous ?

Je vais tricher je vais vous dire raconteur d’histoires. Parce que tout se complète. Pour moi, c'est vraiment comme une espèce de chasse au trésor, c'est un jeu. J'ai ce joli problème qui s'appelle la pensée en arborescence. C’est un problème d’hypersensible qui fait que, quand j'attrape un truc ça me fait penser à un autre truc qui me fait penser à un autre truc. Ça ne fait pas de moi quelqu'un de mieux, ça fait de moi quelqu'un de différent. Quelqu'un avec des problèmes que d'autres gens n’ont pas, qui attrape des choses que d'autres n'ont pas. Et du coup, je serais très malheureux si on me disait de choisir d'être seulement écrivain et de ne plus écrire de chansons.

En fait, je pense à un personnage, soit j'imagine ce qu'il écoute, soit je lui fais ses chansons. Si je lui fais ses chansons, j'imagine le clip. J'imagine le clip, je me dis « Le personnage ça pourrait faire un film ». Je pense aussi au film même si je suis en train d’écrire le livre. J'imagine les scènes comme si j'allais pouvoir réaliser le film et parfois je suis même arrivé à le réaliser, mais parfois non et ce n'est pas grave que ça ne se fasse pas à chaque fois.

Mais du coup, pour répondre à votre question, si j'écrivais un livre mais que je ne pensais pas musique et film, je pense que le livre serait moins riche, et si je faisais des chansons et que je n'avais pas la dimension cinématographique, les atmosphères seraient moins fortes. Les films sont la suite de… parce que ce sont des histoires et j’adore mettre la musique à l’image. Donc j'aime raconter des histoires, j'aime qu'on m'en raconte et, pour moi, en fait ce ne sont pas plusieurs casquettes, c'est une casquette rapiécée avec plusieurs textures.


J'ai vu sur Une sirène à Paris que vous avez écrit en même temps que le livre l’album des Surprisiers. En fait vous avez même écrit l'histoire de Gaspard qui n’apparaît pas dans le livre mais qui est dans l'album.

Alors là c'est un contexte un peu particulier. Je viens de me faire greffer de la moelle osseuse, j'ai loupé la sortie de La mécanique du cœur, enfin j'ai fait la sortie et le lendemain j'étais en chambre stérile donc, quand j'ai eu la chance, grâce à ces fabuleux soignants et mes proches, de m'en sortir j'avais envie de rattraper le temps.

En fait, je ne me le suis pas dit aussi clairement que je vous le dis maintenant avec du recul. Je ne me suis pas dit « Bon, maintenant je vais refaire un album et puis ensuite je ferai un livre, puis ensuite je ferai un film » mais j’ai fait tout en même temps et du coup j'ai mis en place un concept qui est la version extrême de ce que je vous ai répondu sur la première question. C'est à dire que les chansons de l'album sont les chansons du personnage. Ce n'est même pas à propos d'un personnage ou par, justement, une pensée en arborescence, un écho, c’est carrément que je me suis dit « le personnage principal il va être chanteur ».

Au début il devait faire des reprises de Johnny Cash (d'où le nom du chat) et puis après je me suis dit « je vais carrément lui faire faire ses vraies chansons ça sera l'album de Dionysos, de l'album Dionysos je ferai la bande originale du film et ensuite on fera la tournée, on fera des ciné-concerts ». En fait, j'ai fait un truc qui marchait à 3, sauf que tout ça est sorti 3 jours avant le confinement ! Quand le livre est sorti en 2019 il a pu être défendu normalement.


Le livre est sorti quelques jours avant mon anniversaire en 2019 et le film est sorti le jour de mon anniversaire en 2020 (11 mars 2020), du coup je pense que c'est un signe ! Et on a pu aller le voir le jour de la sortie juste avant qu’ils ne ferment les salles de cinéma.

Vous faites partis des 20 ou 30.000 personnes qui ont pu voir le film dès sa sortie en fait. Merci beaucoup.


Vous avez un univers à la Tim Burton à la française on vous le dit souvent, je pense. Où est-ce que vous puisez votre imagination ? Est-ce cette hypersensibilité qui fait que vous êtes une éponge à émotions et que vous les retranscrivez de façon originale ?

C’est ça en fait ! L’hypersensibilité c'est à la fois un cadeau et un cadeau empoisonné. C’est-à-dire que, selon ce qu'on en fait, on peut être très très embêté. Et je suis très très embêté parfois par ça. Je prends tout à cœur. Ce n’est pas de la susceptibilité, je peux avoir de l'autodérision et de l'humour sur moi, ça ça va mais, en revanche, j'attrape aussi bien les bonnes choses que les mauvaises et, depuis la greffe, ça c'est encore amplifié. Je prends encore plus les bonnes choses parce que j'ai relativisé mon rapport à la difficulté et j'ai augmenté ma pulsion de vie. Donc ça me fait attraper encore plus de choses, mais à contrario, c’est comme si j'avais perdu patience avec les choses de la tiédeur, des choses un peu en automatique, de toutes les choses de la médiocrité. Je ne parle pas de la médiocrité des autres, je parle de ma propre médiocrité. Je ne supporte plus de faire des choses parce qu'il faut, je n'ai jamais trop été comme ça, mais maintenant je suis devenu allergique la non-intensité, donc c'est un peu difficile à vivre aussi pour mes proches.


Qu'est-ce que j'ai fait quand je suis sorti de la greffe ? J'ai fait un tryptique autour d'Une sirène à Paris / Surprisiers et je suis allé deux fois traverser le cercle polaire en skateboard - une fois pour un film : L'appel du merveilleux, qui passait sur Arte, et puis une autre fois à titre personnel en Islande, pari que je m'étais fait dans une chanson de l'album Vampire en pyjama. J'ai pris la direction artistique des Trois Baudets. Ça fait beaucoup, ça fait trop, ça fait beaucoup trop en fait. Donc j'essaye maintenant de canaliser un petit peu le truc mais je suis pris à mon propre piège parce que je ne suis bien que quand je crée. Je suis comme une toupie. C'est à dire que, tant que je suis en mouvement, je suis en équilibre et je perds mon équilibre si ça n’avance pas.


J'ai appris une chose après la greffe et notamment avec un voyage à vélo entre Paris et Düsseldorf. J'avais mis le nom de code de ma donneuse de moelle osseuse dans le livre Journal d’un vampire en pyjama et le fait est qu’elle l’a trouvé et m’a envoyé une lettre en disant « J'ai lu votre livre et je suis votre maman biologique numéro 2 ». J’ai mis 2 ans pour intégrer cette information émotionnellement chargée et j'ai pris un vélo électrique, je suis parti de chez moi à Paris, je n'ai dormi que dans des cabanes, des péniches bulle au milieu des champs, comme ça je voulais assurer le continuum féerique du voyage même là où je m'endormais le soir. Ca a été extraordinaire. Et là en fait je me suis rendu compte de quelque chose : c'est que je confondais parfois vitesse et précipitation. C’est-à-dire que je croyais que la fameuse toupie pour rester en l'air il fallait qu’elle fasse plein de choses et en fait c'était faux ! C'est à dire que là, en ralentissant, en étant au rythme des éoliennes, des 2 ou 3h sans croiser âme qui vive, des forêts, des rivières puis des ruisseaux, je me sentais bien ! Alors qu'en fait j'étais dans l'intensité mais l'intensité dans un autre rythme. Et c'est finalement comme pour faire des chansons : quand j'ai commencé à faire du rock avec le groupe plus on jouait des morceaux énergiques plus j'avais l'impression d'être dans le vrai et dès qu'il y avait un morceau un peu mid-tempo je n’étais pas convaincu. Je me suis aperçu, bien avant la greffe, qu’il pouvait y avoir de l'intensité dans les ballades c’est ainsi que j'ai découvert Léonard Cohen, Jacques Brel et pas seulement Nirvana, les Pixies, les Stoudgies, Iggy pop et tout ça que je continue d'adorer mais je me suis aperçu que par la lenteur intense, par le climat, par l’atmosphère, on pouvait rendre des choses très riches aussi et que cinématographiquement parlant c'était aussi le cas ! Je me suis ainsi aperçu que, finalement, mes goûts, notamment cinématographiques, n’allaient pas forcément vers des choses très cut où il se passe 10.000 trucs. Je peux aimer le rythme d’une comédie un peu rapide mais j'aime aussi Jim Jarmusch, Aki Kaurismäki, Wim Wenders. Les gens qui prennent le temps d'installer des atmosphères. En fait, c'est vraiment l'impression que j'ai eu avec ce voyage ! J'étais comme sur une caméra de travelling. Du coup ça faisait un travelling sur le paysage mais aussi intérieur. Ça reste une intensité extraordinaire parce que j'étais dans l'extraordinaire et même voyager dans un lieu qui ne semble pas être incroyable (genre les bords de l'Oise ou les bords de la Saône, ce n’est pas le truc le plus touristique de France) et bien moi j'étais sur Mars. J’étais seul avec mon vélo, j'allais voir ma donneuse de moelle osseuse, ma jumelle de sang, avec son système immunitaire qui coule dans mes veines, et être 2 ou 3h sur un chemin de halage le long d’un ruisseau tout seul sur mon vélo j'étais exactement le roi du monde.


Je crois que je me nourris de ce qui me traverse, c'est une chance de pouvoir être traversé, c'est une façon d'être à la vie que d’accepter d'être traversé mais ce n’'est pas de tout repos. Et parfois je me trompe, parfois je fais des erreurs, et le but c'est d'apprendre. L'échec c'est le truc le plus instructif qui soit ! Je ne parle pas du snobisme de l'échec et de faire exprès parce que si on fait exprès de se tromper on n’apprend rien. Il faut faire de son mieux comme le petit Mbappé qui a raté son penalty, il a l'air d'être un gars intelligent, en plus d’être surdoué, et je pense qu’il va y avoir le temps du traumatisme mais je suis sûr qu'il va transformer ça en une force.


C’est ce qu’on dit « ce qui ne tue pas rend plus fort ».

Oui c'est Nietzsche qui a dit ça. Je conteste un tout petit peu, pourtant je suis fan de Nietzsche. Le Gai savoir par exemple, le principe de la Grande santé c'est un peu tout ce qu'on s'est raconté depuis tout à l'heure, c'est à dire être dans la curiosité, dans l’émerveillement, la gourmandise, le désir d'apprendre, et accepter de se tromper, donc du coup d'avancer. D'être aux antipodes de tout ce qui se passe en ce moment avec les populismes qui montent, avec le complotisme, avec les gens qui sont dans des certitudes. La bonne santé de l'âme de Nietzsche c'est la nuance, la mesure. Et cette citation sur laquelle vous me faites rebondir, je dirais qu'elle est vraie, qu'elle est belle, qu'il faut la prendre et qu'elle parle bien de la résilience mais je la minorerais un tout petit peu parce que tout ce qui ne tue pas peut abîmer quand même un petit peu et que, quand on prend des coups, certains laissent des cicatrices, des infirmités même parfois.


Les erreurs et les coups ce n’est pas exactement la même chose. Je dirais que toutes les erreurs font grandir. J'ai une histoire incroyable à ce sujet : à la Réunion un surfeur s’est fait manger un bras et maintenant il continue à faire du surf avec un seul bras ! Non seulement il retourne à l'eau et déjà à deux bras c'est dur mais à un bras ! Et le mec il fait des exercices de fou, il s'entraîne comme un fou, et il surfe, il se lève avec un bras il a une technique je ne sais pas comment il fait ! Mais il resurfe à l’endroit où il s’est fait bouffer. C’est une force de la nature, on ne peut pas tous être comme ça. Donc oui il y a des trucs qui abîment un peu, qui laissent des traumatismes mais en tout cas dans ce qu'il dit il a évidemment raison.


On rebondit sur ma prochaine question : vos romans sont souvent limite autobiographiques. Est-ce que ce n'est pas trop dur de se livrer sur des sujets personnels ? ou au contraire est-ce une façon d'exorciser et de de tourner la page ?

Alors on ne la tourne pas mais on l’écrit oui ! Et ce n'est pas aussi conscient que ça. Je ne me dis pas « bon j'ai perdu ma mère, je vais écrire et ça va aller mieux. » J'écris parce que c'est une espèce de pulsion de vie.


Encore une fois c'est la résistance, la résilience, c'est pareil quand je tombe malade et c'est pareil quand je tombe amoureux. Ce sont des bouleversements, des dérèglements. En fait ça revient à tout ce qu’on s’est dit, si on ne dérègle jamais rien, la vie c’est du papier à musique. Peut-être qu’on va bien faire les choses et qu’on n’aura pas trop de problème, mais ça risque de manquer de sel.


Après je ne dis pas « il faut », vous me posez la question à moi, je ne me pose pas en donneur de leçons gourou qui dit la vérité « sortez de votre zone de confort ». Moi je le pense, moi j'ai besoin de le faire et je pense humblement que c'est mieux. Sortir de sa zone de confort ce n'est pas aller dans une zone de panique! Au contraire ! C'est augmenter sa zone de confort parce qu'on va développer quelque chose qu'on ne connaît pas sur un nouveau terrain et moi j'ai pris énormément de plaisir et d'apprentissage dans ma vie à ne pas me cloisonner les choses.


Et pour répondre à votre question sur le côté autobiographique : certains sont purement autobiographiques d'autres sont des autobiographies émotionnelles. Même La mécanique c'est très autobiographique pourtant c'est un bonhomme qui vit avec une horloge à la place du cœur à Edimbourg, mais ce n'est pas là que ça se joue. Même si évidemment Journal d’un vampire en pyjama c'est moi et que le Mathias de Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi c'est vraiment moi aussi. Mais par contre je ne pourrais pas travailler sur des émotions que je n'ai pas réellement ressenties pour les expérimenter.


Journal d’un vampire en pyjama, l’histoire est triste même si elle finit bien mais à aucun moment dans le livre on ne tombe dans le pathos. C’est toujours de l'espoir alors que j'imagine que quand vous y étiez, forcément, ce n'était pas du tout ça ! Quand on est enfermé dans une chambre d'hôpital et qu’on sait qu’on peut survivre juste avec le sang de quelqu'un d'autre (d’où le titre) on est forcément inquiet. Comment puisez-vous cette force ?

Il n’y a pas de règle. Et puis je ne suis pas plus fort que les autres, j'aurais pu mourir, vraiment ! J’ai fait de mon mieux, les médecins ont fait de leur mieux. En fait il y a 2 choses : il y a la vie et il y a le livre.


Le livre est une extension de ce que j'ai vécu. J'ai trié, j'ai travaillé, j'ai poli mon truc. C'est à dire que j’estime que, pour que ça soit un bon livre, il ne devait pas y avoir de pathos. Parce que ce qui m'a aidé c’est de ne pas en avoir. Ça ne veut pas dire que je n'ai pas douté, que je n’ai pas eu peur, que je n’ai pas eu mal, mais je ne me suis pas plaint ça c'est vrai. Ça ce n’est pas une triche dans le livre ! J'ai eu peur et j'ai eu mal mais je n'ai jamais lâché ! Je ne me suis jamais dit « Bon je vais mourir ». J’ai eu peur à 2 moments en fait : quand j'ai fait la réaction aux plaquettes. Je passe de 37,5 de fièvre à 41,5 en 15-20 minutes. J’ai l’impression qu’on m’a branché un micro-onde dans la tête et je vois que ça s'agite de partout, ça balance des piqûres de je ne sais pas quoi. Là en fait dans ma tête je ne me dis pas « ça y est je vais mourir », je ne suis pas en panique. Mais il y a l'idée qui se rapproche et je me dis « bon ok on respire », et c’est passé. Il y a eu l'autre fois, je me suis fait une double fracture du crâne parce que j'étais trop faible et que je me suis levé pour aller aux toilettes et je suis tombé. Là, pareil, ça a été chaud. Alors que, finalement, le moment où j'étais le plus en danger, c'était avant l'hôpital. Quand je fais le clip et que je fais 35 fois la chanson dans la journée et que je m’aperçois le lendemain que j'ai 4 grammes d’hémoglobine (on transfuse en urgence à partir de 8), heureusement que j'ai un cœur de sportif et que le reste de ma santé était très bonne sinon j'aurais bloqué une artère et je faisais un AVC ou une crise cardiaque le jour du clip sur le plateau. Parce que je n'arrivais pas à respirer entre les prises. J'étais complètement inconscient. Je me disais « bah okay j'ai 40 ans, j'ai perdu ma mère depuis 10 ans, je viens de travailler un livre /film /disque plus tournée d'un autre truc, je suis épuisé. Là, je vais sortir le film et l'année prochaine je me pose un peu » et en fait c’était ça. Et la force je la puise dans l'amour. L’amour de la vie, la pulsion. Je le dis dans la chanson Neige « j'en veux encore », même quand j'ai perdu ma mère j'en veux encore.


J'aime la vie en fait ! Profondément, même si parfois je peste, si je suis en colère. Je suis un hypersensible. Je réagis fort : j'aime intensément la vie, j'aime intensément mes proches donc j'avais envie aussi de ne pas mourir pour eux. Je n'avais pas envie de les rendre tristes, c'est aussi ce qui m'a aidé à ne pas tomber dans le pathos. Même les soignants, tous ces gens qui s'occupaient de moi, j'avais envie d'être à la hauteur de ce qu’ils donnaient. Donc je pense que c'est ça et puis après c'est un peu de chance, parce qu’il y a des gens qui se battent encore mieux que moi. Quand j’ai dit à mon médecin « merci de m’avoir sauvé la vie », il m’a répondu « non non c’est vous ! Parce que moi j’ai mis un dispositif en place pour que vous puissiez vous sauver la vie. Parce que sinon, si je vous avais sauvé la vie, je sauverais la vie à tout le monde. Et j’ai des patients qui ne s’en sortent pas. » Donc c'est avec son concours, le concours de tout le monde en fait parce que ça va de l’aide-soignant aux infirmiers. Ils ont été extraordinaires, je leur dois tout. Mais effectivement c'est comme un artiste et son public : si l’artiste fait un super concert mais si le public ne rend rien ça sera un super concert mais ce ne sera pas magique et si le public est à fond mais que l’équipe de foot sur le terrain les mecs sont bons techniquement mais ils ne mouillent pas le maillot et bien ça ne marche pas.


Aujourd'hui est-ce que vous avez des projets en cours ? Un nouveau livre peut-être ?

J’ai beaucoup de choses. Je viens de terminer mon dernier roman qui sortira en janvier chez Albin Michel qui s'appelle Le guerrier de porcelaine. C’est l'histoire de mon papa durant la 2ème guerre mondiale qui a perdu sa mère quand il avait l'âge de 4 ans et qui a dû ensuite traverser la ligne de démarcation caché dans une charrette de foin pour vivre en zone occupée, caché dans un bunker sous une ferme chez sa grand-mère. Et comme je ne voulais pas faire un « je me souviens », je voulais l'écrire un peu en caméra-épaule au présent avec une langue d'enfant mais 4 ans c'est trop petit, alors je lui ai fait avoir 10 ans. Et il écrit à sa mère morte tout le long du livre. C’est-à-dire qu’il ne peut plus aller à l’école, donc il a son cahier de mathématiques et il n'y a plus d’exercice dedans donc il continue d'écrire. Il écrit à sa mère mais pas dans un délire mystique comme si elle existait, non juste comme un journal intime. Et en fait c'est ce journal pendant l'année 44, qui passe sous les bombes, sous les bombardements qui sont en fait les bombardements alliés, c'est le Blitz. Parce que lui, il est en zone occupée donc il est considéré presque comme un Allemand, c’est pour ça qu’il n’a pas le droit d’y être.


Comme dans Le vampire c'est une situation qui était gravissime, il avait son père qui était résistant, qui est parti à la guerre, il ne savait pas s’il allait le revoir c'est pour ça qu'il l’a mis dans la charrette de foin. Il a perdu sa mère, il n’avait le droit de parler à personne d’autre que les gens de la ferme, pas le droit de sortir et il avait 4 ans. Ce n'est pas une blague, ce n'est pas une un truc décalé mais ça reste un truc qui est dans l'intensité et il y a des moments drôles. Et j'espère en tout cas que c'est un truc plus encore que d'espoir, d'espérance. Vous voyez la différence entre l'espoir et l'espérance ? L’espérance c’est maintenant. L’espoir c'est parier, c'est demander au futur de nous apporter quelque chose de positif. L’espérance c'est dire que maintenant ça va bien se passer malgré tout. Lui aussi il va avoir des doutes, lui aussi il va avoir peur, mais il va résister.


Et puis il y a une super relation avec une tante complètement bigote qu’il va détester mais avec qui il va se passer quelque chose de cool. Il y a un oncle fermier un petit peu dandy qui va draguer la voisine, du coup c'est vraiment une histoire de famille ! Il y a la grand-mère très très forte mais sévère. Ce sont les vrais personnages qui ont existé puis après j'ai brodé un petit peu pour créer de la matière et romancer.


Et un film adapté ?

J'aimerais mais là, par contre, je ne vais pas faire la même folie que pour La sirène. Je veux vivre un peu les choses ! Mon éditeur me dit qu’à chaque fois que je sors un livre je pars en tournée avec Dionysos, je suis en train de tourner un film, il me dit « tu ne veux pas te poser et vivre un peu l’expérience, partir en tournée pour le livre ? » Alors j’ai dit « OK ». Je vais essayer de l'adapter en film ensuite. J'ai aussi un projet de film d'animation qui s'appelle Le cœur du monde, une sorte de western sur une planète avec des personnages chimériques, des choses comme ça, un peu plus pour enfants, et puis on fera la musique avec le groupe.


Et puis j'ai écrit un album en duo avec Daria (Daria Nelson) qui devrait sortir soit en juin, soit en septembre 2022. C’est un projet très particulier : c'est un orchestre symphonique et programmation électronique, pas de basse, pas de batterie, pas de guitare. Ce sont des choses auxquelles j'ai touché parfois un peu avec le groupe avec un morceau comme Damocles. Mais là, c’est un spectacle qu’on devait jouer sur Le dérèglement joyeux et j’ai commencé à faire des chansons pour le spectacle et on a décidé d’en faire un album. Et c'est une expérience ! Pendant la pause Dionysos, avant le prochain. On ne fera pas mille dates comme on fait avec Dionysos mais on fera quelques concerts quand même, et peut être avec un orchestre. Ça va être une espèce de disque-monde. On va faire comme une petite comédie musicale, un peu hors du temps avec ce côté un peu hollywoodien dans les arrangements, très cinématographiques, et en même temps, avec des programmations électroniques qui créent un contraste. C’est un sujet qui me touche particulièrement. Daria là est en train d’exposer à Arles et le sujet est, encore une fois, le deuil. Parce que c'est un « après fausse-couche » et le disque c'est un disque qui n'est pas que là-dessus mais qui est en plusieurs étapes. Il raconte la rencontre, la fusion, les doutes et puis le désir d'enfant, tomber enceinte, la fausse-couche et qui finit par le retour au combat, à nouveau, la résilience.


Donc voilà ce sont deux projets de l'année prochaine qui ont été des graines que j’ai planté pendant ce ralentissement obligé et je suis excité et heureux de les défendre. Et pour l’heure je suis surtout excité et heureux d’être sur scène dès ce soir avec le groupe (concert de Chanteix), d’enfin pouvoir faire ces concerts et de donner le maximum jusqu’à la fin de la tournée. L’année prochaine, il y aura aussi l’album de Babette et je continue aux 3 Baudets aussi bien sûr et au théâtre de la ville et puis on va se laisser pousser les idées peut-être avec Le cœur du monde ou peut-être autre chose qui n’aura rien à voir.

Une dernière question et je ne vous embête plus : vous qui êtes une star nationale, voire même internationale pourquoi avez-vous accepté de me rencontrer ?

Parce que vous me l’avez demandé gentiment. Vous avez l’air passionnée. Moi quand j'accepte une interview, je ne regarde jamais le nombre d'abonnés sur Instagram (heureusement😅). Alors oui bien sûr, pour rendre visible mon travail, je suis content quand il y a un gros média qui me demande. Mais parfois je dis non, pas parce que je m’en fous, parce que parfois je n’ai pas le temps, je ne peux pas, donc je refuse aussi des choses. Là par exemple, on aurait eu 2h de promo calée, je vous aurais dit je ne sais pas… Si ça peut faire plaisir et bien moi je suis content.


Merci c’est adorable.


Ce n’est même pas adorable, c’est juste que je sais d’où je viens. Là aujourd’hui le fait qu’on joue sur scène, que le groupe ait 28 ans, que je fasse des livres, des films, en fait ça change mon statut mais ça ne me change pas moi sinon j’ai tout raté. Moi, je n’ai pas travaillé pour changer, pour devenir je ne sais quoi, j'ai travaillé à devenir moi-même comme dit Nietzsche. Je travaille tous les jours à devenir moi-même. Donc si je m’éloigne de ma base, de ce pour quoi je fais les choses et de ce que j’aime, moi qui prône l’ouverture d’esprit et la curiosité, si moi-même je ne le fais plus parce que « ce n’est pas connu, c’est un petit média », je deviens un Tartuffe, vous comprenez ?



Ses ouvrages

(littéraires) - un petit clic sur la couverture pour être dirigé vers l'un de nos avis (si il existe).



Paru en 2003 aux éditions Pimientos


A picorer au rythme de ses envies, ces écrits vous entrainent dans le vaste monde de l’imaginaire, teinté d’univers enfantin. Les féées-lustres y côtoient un étrange poète-cow-boy ou Phileas Smog, tandis que des photos-montages Polaroïd se glissent au fil des pages. Ajoutez un peu de gourmandise : de Kinder-surprise, de Jessie Caramel ou de pâte à bisous et le tour est joué !! Avec 38 Mini-westerns (avec des fantômes), Mathias Malzieu passe du côté des auteurs et lance sa première bouteille à la mer, sans savoir à quel point cela plairait…









Paru en 2005 aux éditions Flammarion


Mathias, un jeune homme d’une trentaine d’années, vient de perdre sa mère. Sur le parking de l’hôpital, il rencontre un géant qui l’aide à accepter de vivre malgré cette disparition et l’invite à un voyage fantastique dans le pays des morts. Cette évasion dans l’imaginaire lui permettra de passer d’un monde enfantin peuplé de super héros rassurants au monde plus cru et cruel des adultes. Dans la lignée d’un Tim Burton ou d’un Lewis Carroll, Mathias Malzieu signe ici un texte unique, à la fois conte d’initiation survolté et roman intimiste bouleversant. Un texte d’une force, d’une drôlerie et d’une poésie universelles, écrit parfois comme on peut crier sa douleur, ou l’envelopper dans le coton de ses rêves.





Paru en 2007 aux éditions Flammarion


Édimbourg, 1874. Jack naît le jour le plus froid du monde et son cœur en reste gelé. Mi-sorcière mi-chaman, la sage-femme qui aide à l’accouchement parvient à sauver le nourrisson en remplaçant le cœur défectueux par une horloge. Cette prothèse fonctionne et Jack vivra, à condition d’éviter toutecharge émotionnelle : pas de colère donc, et surtout, surtout, pas d’état amoureux. Mais le regard de braise d’une petite chanteuse de rue mettra le cœur de fortune de notre héros à rude épreuve : prêt à tout pour la retrouver, Jack se lance tel Don Quichotte dans une quête amoureuse qui le mènera des lochs écossais jusqu’aux arcades de Grenade et lui fera connaître les délices de l’amour comme sa cruauté.





Paru en 2011 aux éditions Flammarion


Tom Cloudman est sans conteste le plus mauvais cascadeur du monde. Ses performances de voltige involontairement comiques le propulsent au sommet de la gloire. Jusqu’à ce qu’un médecin qui le soigne pour une énième fracture décèle chez lui une maladie incurable. Commence alors pour Tom un longséjour hospitalier pour tenter de venir à bout de ce qu’il appelle « la Betterave ». Lors d’une de ses déambulations nocturnes dans les couloirs de l’hôpital, cet homme qui a toujours rêvé de voler rencontre une étrange créature, mi-femme mi-oiseau, qui lui propose le pacte suivant : « Je peux vous transformer en oiseau, ce qui vous sauverait, mais cela ne sera pas sans conséquences. Pour déclencher votre métamorphose vous devrez faire l’amour avec moi. De cette union naîtra peut-être un enfant. Un risque à accepter. » Dans la tradition de ses contes pour grands enfants, Mathias Malzieu nous raconte l’histoire merveilleuse d’un homme qui veut tuer la mort et tutoyer les cieux. Ce faisant il nous livre une réflexion rare sur le pouvoir de la vie, et de l’amour.


Paru en 2011 aux éditions Flammarion et Syntonie


"L'Homme-Volcan" relate l'histoire, tendre et mélancolique, d'une jeune fille qui vit les retrouvailles d'avec son petit-frère, mort quelques années plus tôt en tombant dans un volcan, et qui revient la visiter sous la forme d'un fantôme incandescent.












Paru en 2013 aux éditions Flammarion


Un inventeur-dépressif rencontre une fille qui disparaît quand on l’embrasse. Alors qu’ils échangent le plus petit baiser jamais recensé, elle se volatilise d’un coup. Aidé par un détective à la retraite et un perroquet hors du commun, l’inventeur se lance alors à la recherche de celle qui «fait pousser des roses dans le trou d’obus qui lui sert de cœur». Ces deux grands brûlés de l’amour sauront-ils affronter leurs peurs pour vivre leur histoire ? Le plus petit baiser jamais recensé est un vrai faux polar romantique. Suite métaphorique de La Mécanique du cœur, ce roman teinté de mélancolie regorge de gourmandise explosive. Comme si Amélie Poulain dansait le rock’n’roll et croisait le Petit Prince avec un verre de whisky.





Paru en 2016 aux éditions Albin Michel


Journal intime tenu durant l'année où M. Malzieu a lutté contre la maladie du sang qui a altéré sa moelle osseuse et la mort personnifiée, Dame Oclès.


"Ce livre est le vaisseau spécial que j'ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. Une histoire d'amour aussi. Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n'ai rien eu à inventer. Si ce n'est le moyen de plonger en apnée dans les profondeurs de mon cœur."

Mathias Malzieu


Paru en 2019 aux éditions Albin Michel


Nous sommes en juin 2016, la Seine est en crue. De nombreuses disparitions sont signalées sur les quais. Attiré par un chant aussi étrange que beau, Gaspard Snow découvre le corps d’une sirène blessée, inanimée sous un pont de Paris.

Il décide de la ramener chez lui pour la soigner, mais tout ne passe se pas comme prévu. La sirène explique à Gaspard que les hommes qui entendent sa voix tombent si intensément amoureux d’elle qu’ils en meurent tous en moins de trois jours. Quant à elle, il lui sera impossible de survivre longtemps loin de son élément naturel…






Paru en 2020 aux éditions de l'Iconoclaste


« Le dérèglement joyeux

de la métrique amoureuse

a commencé au moment

exact où je t’ai vue

apparaître telle une

panthère des neiges… »

C’est l’histoire d’une fée qui enlève ses ailes avant d’aller se coucher et d’un apprenti poète qui fait la vaisselle. Cela ressemble à un rêve et pourtant tout est vrai. C’est l’histoire d’un coup de foudre, quand tout est surprise et métamorphose. Quand le corps redevient un parc d’attractions, quand le cœur se transforme en Rubik’s Cube.

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